Tribune parue dans Le Monde, le 02 octobre 2026
En 2026, des tabous médicaux condamnent encore des femmes à l’isolement et à une souffrance évitable. C’est le cas du prolapsus des organes pelviens (POP). Il fragilise profondément la santé physique et mentale des femmes atteintes, confrontées à un manque d’information et d’écoute.
Le terme de prolapsus des organes pelviens désigne la descente d’un ou de plusieurs organes du pelvis – ou petit bassin – dans le vagin. Les cas les plus fréquents affectent la vessie, l’utérus et le rectum. Le POP concernerait environ une femme sur deux sans qu’une gêne soit nécessairement ressentie, selon un article paru dans le Canadian Medical Association Journal en novembre 2023. Cependant, à un stade plus avancé, les organes peuvent créer un bombement ou une saillie au niveau de l’hymen.
Cette forme symptomatique du prolapsus est loin d’être marginale. Comme l’expose une étude britannique de 2024, nombreuses sont les femmes renonçant à consulter par gêne ou méconnaissance. Dès lors, les estimations médicales de la prévalence varient fortement selon les protocoles – de 3 % à 11 % de femmes atteintes –, et l’ampleur réelle du phénomène est minorée. De plus, une idée reçue persiste : les prolapsus sévères n’affecteraient que les personnes âgées. Mais si l’âge, la ménopause et l’accouchement sont des facteurs importants, des femmes n’ayant pas connu de grossesses le subissent. Certaines, avant la trentaine et même adolescentes, peuvent aussi y être confrontées.
Détresse massive
Le prolapsus symptomatique est le plus souvent invisible, mais entraîne des conséquences nombreuses et invalidantes au quotidien. Il suscite des gênes permanentes, des sensations de lourdeur, de pesanteur, de tiraillements et cette impression que « tous les organes peuvent à tout moment sortir du corps ». Les troubles urinaires et digestifs sont fréquents. A ces symptômes s’ajoute la solitude dans laquelle sont laissées les femmes atteintes, source de souffrances psychologiques majeures. Selon une synthèse internationale réalisée par l’Université de Jaen (Espagne), 25,8 % des femmes atteintes présentent des syndromes dépressifs, 28 % des symptômes anxieux. Les témoignages recueillis auprès des membres de l’association POP France laissent entrevoir une détresse encore plus massive.
Pour ces femmes, le prolapsus affecte toutes les sphères de la vie : intime, familiale, sociale, professionnelle (avec de nombreux arrêts maladie et reconversions contraintes), avec des conséquences sur l’estime de soi, le rapport à son corps et la maternité, ce qui conduit souvent à l’isolement des concernées.
La société et le monde politique ne doivent pas traiter la question du prolapsus comme un enjeu privé et marginal. Sa prévalence et ses effets en font un enjeu de santé publique. La manifestation physique du prolapsus se trouve au coeur de l’intimité corporelle des femmes. Or notre culture dominante, encore empreinte de patriarcat, continue de fantasmer et de romantiser cette intimité, cachant une réalité biologique parfois crue.
Cette norme peut engendrer un sentiment de honte, les personnes atteintes s’imaginant être confrontées à une anomalie – qui plus est dégradante. Le problème, porté quotidiennement, est fréquemment tu dans la sphère familiale. Plus grave encore, il est aussi occulté, du fait de cette même gêne, jusque devant le corps médical. Parmi ses représentants – insuffisamment formés à l’enjeu –, certains tendent à minimiser ou à dédramatiser le sujet, en décalage avec la réalité de ces femmes, dont le handicap, peu ou non visible, change radicalement l’existence.
Différents procédés thérapeutiques
Aujourd’hui, différents procédés thérapeutiques peuvent limiter la survenue et l’ampleur du prolapsus. Au soutien des patientes, des praticiens réalisent déjà un travail exemplaire. Mais c’est l’ensemble des professionnels de santé qui doivent être davantage formés à cette affection spécifique. La santé pelvienne doit être intégrée dans les consultations ante- et post-partum et dans les bilans de prévention.
Le remboursement des pessaires pour le prolapsus depuis un arrêté de septembre 2024 est une véritable avancée, mais le dispositif de renouvellement est trop rigide pour pallier un trouble fortement évolutif. C’est donc l’ensemble du parcours de soins, de la prévention au traitement et à la rééducation, qui doit être repensé pour mieux accompagner les femmes et ne plus les laisser seules face au prolapsus.
La santé mentale et physique des femmes n’est pas sans lien avec l’esprit du temps. Le POP ne doit plus être un sujet dégradant, tabou. Des actions de sensibilisation, des campagnes d’information doivent être menées pour informer et soutenir les femmes et leur entourage.
Signataires
- Justine Verney, Présidente de Pop France, première association de France dédiée aux prolapsus des organes pelviens
- Frédéric Valletoux, Président de la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, député
- Véronique RIOTTON, Présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, députée de la Haute-Savoie
- Élisabeth DOINEAU, Rapporteure générale de la commission des affaires sociales du Sénat, sénatrice de la Mayenne
- Yannick NEUDER, député de l’Isère, ancien ministre de la santé
- Sébastien PEYTAVIE, député de Dordogne
- Fabrice BARUSSEAU, député de la Charente-Maritime
- Sylvain BERRIOS, député du Val-de-Marne
- Benoît BLANCHARD, député du Val-d’Oise
- Corinne BOURCIER, sénatrice de Maine-et-Loire
- Joël BRUNEAU, député du Calvados
- Nathalie COGGIA, députée des Français établis hors de France (5e circonscription)
- Nathalie COLIN-OESTERLÉ, députée de la Moselle
- Laure DARCOS, sénatrice de l’Essonne
- Virginie DUBY-MULLER, députée de la Haute-Savoie
- Alix FRUCHON, députée de l’Indre
- Bruno FUCHS, député du Haut-Rhin, président de la commission des affaires étrangères
- Sabine GERVAIS, députée de la Charente-Maritime
- Damien GIRARD, député du Morbihan
- Océane GODARD, députée de la Côte-d’Or
- Catherine HERVIEU, députée de la Côte-d’Or
- Céline HERVIEU, députée de Paris
- Sandrine JOSSO, députée de la Loire-Atlantique
- Brigitte KLINKERT, députée du Haut-Rhin, ancienne ministre
- Michel LAUZZANA, député de Lot-et-Garonne
- Sandrine LE FEUR, député du finistère
- Christine LE NABOUR, députée d’Ille-et-Vilaine
- Patricia LEMOINE, députée de Seine-et-Marne
- Delphine LINGEMANN, députée du Puy-de-Dôme
- Yannick MONNET, député de l’Allier
- Louise MOREL, députée du Bas-Rhin
- Sophie PANONACLE, députée de la Gironde
- Sophie PANTEL, députée de la Lozère
- Jérémie PATRIER-LEITUS, député du Calvados
- Constance de PÉLICHY, députée du Loiret
- Maud PETIT, députée du Val-de-Marne
- Béatrice PIRON, députée des Yvelines
- Isabelle RAUCH, députée de la Moselle
- Nicolas RAY, député de l’Allier
- Sylvie VALENTE LE HIR, sénatrice de l’Oise
- Anne-Cécile VIOLLAND, députée de la Haute-Savoie

