Tribune publiée dans le journal l’Humanité, jeudi 20 novembre 2025
L’été dernier, l’affaire Bétharram a fait irruption dans l’actualité politique. Les faits reprochés au Premier ministre François Bayrou ne constituaient pourtant qu’un fragment de la tragédie survenue dans cet établissement privé catholique du sud de la France. Pendant près de cinquante ans, des enfants y ont subi des violences sexuelles, physiques et psychologiques qui auraient pu – et dû – être empêchées.
Les dysfonctionnements révélés à Bétharram, comme ceux qui minent depuis longtemps l’Aide sociale à l’enfance, les centaines de victimes de l’affaire Le Scouarnec, ou encore les atteintes répétées dans le milieu scolaire et familial exposent une réalité bien plus large : en France, les violences envers les enfants sont innombrables, trop souvent tues et tolérées, quand elles ne sont pas institutionnalisées.
Ouvrir enfin les yeux sur l’enfance en danger
En cette journée internationale des droits de l’enfant, nous devons faire état de ce constat glaçant, qui nous place tous et toutes face à nos responsabilités. En tant qu’élu·es écologistes, nous voulons bâtir une politique de protection de l’enfance enfin à la hauteur des enjeux : un pays pensé à hauteur d’enfant.
Cela suppose de repenser notre organisation collective pour offrir à chaque enfant un environnement sain, libéré des violences – physiques, psychologiques ou institutionnelles – et propice à l’émancipation : une éducation qui ouvre, des lieux de vie qui apaisent, des espaces verts pour jouer, respirer, s’émerveiller.
Aujourd’hui, la situation est si critique qu’une enfance faite d’audace, de jeu et de découvertes semble réservée à quelques privilégié·es. Et les chiffres disent l’ampleur de ce scandale. Toutes les trois minutes, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle en France. Chaque semaine, un enfant meurt sous les coups de ses parents. Près de huit juges des enfants sur dix reconnaissent avoir déjà renoncé à une mesure de placement faute de structures disponibles. Une personne pauvre sur trois est mineure. Le nombre d’enfants à la rue a augmenté de 30 % depuis 2017. L’exploitation sexuelle des mineur·es, elle, a été multipliée par quatre entre 2016 et 2020.
Et à ces réalités déjà insupportables s’ajoutent d’autres injustices : l’assignation à résidence des enfants des quartiers populaires – empêchés de circuler, d’explorer, d’accéder aux mêmes opportunités -, des conditions de vie indignes, dans des quartiers saturés de pollution et de béton, où il devient presque impossible de simplement jouer, respirer, être un enfant.
Agir sur tous les fronts
Il est donc plus que temps que le droit « d’être protégé contre toutes les formes de violences », inscrit dans la Convention internationale des droits de l’enfant, devienne une réalité. Le chantier est immense, essentiel et urgent.
Il implique d’agir sur tous les fronts : lutter contre la pauvreté, réformer la protection de l’enfance, en garantissant un accompagnement jusqu’à 25 ans pour les jeunes placé·es et l’assistance systématique d’un·e avocat·e dans toutes les procédures administratives et judiciaires – et en la dotant des moyens nécessaires. Cela suppose aussi de mieux soutenir les parents, d’agir pour la santé mentale de tou·tes, et de permettre aux enfants de se protéger eux-mêmes, notamment via l’application effective de l’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS), aujourd’hui ciblée par la droite et l’extrême droite.
Les dynamiques impulsées par les élu·es écologistes démontrent la faisabilité d’un changement structurel : la Métropole de Lyon, avec son travail pionnier contre l’exploitation sexuelle des mineurs, ou la Seine-Saint-Denis, qui associe les jeunes concerné·es à la fabrique des politiques publiques de protection de l’enfance et de sa nouvelle charte de la qualité de l’accueil des enfants confiés, illustrent la capacité des collectivités à ouvrir la voie à une protection effective et exigeante des droits des enfants.
Prendre soin des plus jeunes, c’est refuser une société fondée sur la prédation, la domination et la violence – qu’elle vise les corps, les esprits ou les écosystèmes qui conditionnent leur avenir. C’est affirmer un autre horizon : un cadre de vie sain, juste et protecteur, où chaque enfant peut grandir dans la dignité, la sécurité et la joie simple d’être au monde. Nous appelons à une mobilisation générale pour protéger les enfants, garantir leurs droits et bâtir enfin une société réellement à leur hauteur.
Signataires :
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes
Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Écologiste et Social, députée de l’Isère
Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère, Président du groupe écologiste solidarité et territoires
Nadia Azoug, vice-Présidente “Enfance, prévention, parentalité” du département de Seine-Saint-Denis.
Guy Benarroche, sénateur des Bouches-du-Rhône
David Belliard, candidat écologiste à la mairie de Paris
Lisa Belluco, députée de la Vienne
Arnaud Bonnet, député écologiste de Seine-et-Marne
Yasmine Bouagga, maire du 1e arrondissement de Lyon
Sophie Bussière, Conseillère régionale Nouvelle Aquitaine, ancienne élève de Bétharram
Mélissa Camara, députée européenne
Catherine David, Co-responsable de la commission Éducation, Enfance et Formation des Écologistes
Gregory Doucet, maire de Lyon
Fanny Dubot, maire du 7ème arrondissement de Lyon
Lucie Etonno, conseillère régionale Pays de la Loire, Membre du bureau politique des Écologistes
Elias Farah-Garcia, co-responsable de la commission Éducation, Enfance et Formation des Écologistes
Marie-Charlotte Garin, députée écologiste du Rhône
Chloé Girardot Moitié, vice-présidente du département Loire-Atlantique
Nadine Georgel, maire du 5e arrondissement de Lyon
Catherine Hervieu, députée de la Côte-d’Or
Didier Jau, maire des 4e, 5e arr. de Marseille
Gaëlle Lahoreau, vice-présidente de la Région Centre-Val de Loire
Coralie Mantion, élue métropolitaine de Montpellier, Membre du bureau politique des Écologistes
Monique de Marco, sénatrice de la Gironde
Akli Mellouli , sénateur écologiste du Val-de-Marne, Vice-président de la commission des affaires étrangères et de La Défense, Vice-président de la délégation aux outremer
Mathilde Ollivier, sénatrice des Français·es de l’étranger
Julie Ozenne, députée écologiste de l’Essonne, membre de la Délégation aux droits des enfants de l’Assemblée nationale
Jean-Baptiste Pegeon, membre du bureau politique des Écologistes sur la coordination de la protection de l’enfance
Carine Petit, maire du 14e arrondissement de Paris
Raymonde Poncet Monge, sénatrice du Rhône
Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère de Paris, membre du Conseil des familles
Mounir Satouri, député européen
Majdouline Sbai, députée européenne
Sabrina Sebaihi, députée écologiste des Hauts de Seine
Anne Souyris, sénatrice de Paris, commission des affaires sociales, vice présidente de la délégation du droit des femmes
Lucie Vacher, vice-présidente Enfance, Famille, Jeunesse à la Métropole de Lyon
Mélanie Vogel, Sénatrice des Français·es de l’étranger

